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En ce moment de l'histoire du monde où des institutions séculaires sont remises en question, donnant à nos jours un rien d'inquiétude, il est d'une grande nécessité de se réunir pour chanter ensemble!
L'acte de chanter est déjà une source de santé qui active la respiration; ensuite la musique jaillissant de cet acte met l'homme entier en vibrations et le fait fraternel à la création. Enfin la musique vocale soutient des mots dont lesens est multiplié parce que ces mots sont accompagnés de musique. Oui, la musique MAGNIFIE le mot à travers les arabesques mélodiques aussi bien que dans la complexité de la polyphonie...
Depuis les commencements de la musique, le chœur a été "la discipline" par excellence où tout s'élance et se détend dans un geste unanime, où chacun sert dans une totale abnégation.
Vieil Occident, générateur de tant de grandeurs, de tant de civilisations, aime à mêler tes voix diverses! Ce faisant, tu prouveras qu'en dépit des contingences éphémères, tu entretiens encore au tréfonds du cœur humain un sanctuaire sacré où la contemplation, la sérénité, la confiance, la cordialité et la joie autorisent tous les espoirs de beaux lendemains.
César GEOFFRAY.
César Geoffray demeure...
Comme demeurent les symboles et la mémoire, comme demeure, plus qu'un souvenir, la clarté vivante d'une lumière très intense qui vient de s'éteindre.
Tout demeure, de lui, qu'il avait plus que la vie... Son rayonnement, sa joie, sa musique et sa vibrante présence.
Sa vie fut un jaillissement dont comme un lac profond et immobile, le message reflète maintenant toute la couleur et la beauté.
César Geoffray fut en même temps l'animateur irrésistible d'immenses marées chantantes et le musicien délicat, épris de perfection et de justesse, dont l'exigence fondamentale tant humaine qu'artistique a placé dès ses débuts le mouvement A Cœur Joie à un très haut niveau d'éducation et de culture.
Il était à la fois l'homme au sourire rayonnant, aux multiples rencontres, et aussi l'ami fidèle dont le dialogue privilégié a marqué profondément tous ceux qui ont eu la joie, douloureuse aujourd'hui, de sa chaleureuse affection.
César Geoffray, en ces temps où vacillent les valeurs les plus fondamentales remises en question, fut l'homme des engagements définitifs: l'art, la pauvreté, la beauté, l'amour et la foi trouvèrent en lui, le pèlerin sans retour, l'apôtre sans lien, l'homme libre et offert qui a toujours pu allier l'austérité de ses choix avec une éclaboussante joie de vivre.
Et, quand le chant naissait de son geste à la fois simple, large et puissant ses mains, caressant la musique,appelaient autant les cœurs, les regards et les esprits que les voix.
Mais ces mains, qui toute vie durant animèrent, entraînèrent, accueillirent, furent aussi messagères d'une personnalité avide d'absolu: son geste ample, inoubliable, commandait impérieusement la justesse, L'harmonie et la beauté tandis que son regard, si souvent ému et rieur, devenait sévère, tendu jusqu'à l'angoisse, jaillissant de ses sourcils broussailleux, fouillant éperdument jusqu'au fond des êtres pour y cherche la vérité, l'effort et la rencontre.
Le Mouvement A Cœur Joie né de son enthousiasme, de son attachement aux jeunes, de son désir de la belle expression et de son don d'amitié communicative a eu en lui plus qu'un fondateur, plus qu'un président: il en fut le symbole, la mystique, la ferveur.
Il y assuma bien plus qu'un rôle et même qu'une fonction, il en était la vie et l'unité.
Plus définitive en est sa perte, plus irremplaçable est son absence... mais aussi toujours vivante sera sa présence que continuent à nous offrir sa musique, le regard qu'il a pénétré en chacun y laissant un sillon de lumière, son appel incessant à la beauté, à la vérité et à l'amour, dont tous ceux qui l'ont connu gardent intact et vivace, l'espoir toujours renaissant.
César, c'était aussi Mido, grande dame souriante, souveraine, féminine, toute en écoute et en accueil, forte et apaisante et dont l'irrésistible humour et la vivacité de la répartie étonnaient la fougue de César et calmaient sa passion dans une sérénité joyeuse d'où naissaient leur rire tant accordé.
Mido nous reste, douloureuse mais pareille à elle-même. Elle fut, de César la compagne fidèle, laborieuse, aimante et chacun d'eux fut un peu l'autre dans l'offrande toujours plus profonde d'un très bel amour. Elle est aujourd'hui, toujours elle-même et aussi César et que tout hommage à lui rendu, soit pour elle, notre amitié profonde et admirative.
Suzanne BOONEN-MOREAU
Viens t'en - avril 1973