Le chef de chœur : un éducateur


Dès que nous avons eu en mains notre chorale nous savions qu'elle nous comblerait bien vite de joies diverses, de soucis également. La joie: révéler semaine après semaine le contenu spirituel de la musique (même de la plus simple...), le faire passer et jaillir, le révéler à ceux qui s'en croyaient séparés parce que "mal préparés". Les soucis: devoir, entre autres, toujours recommencer, à cause du fatal renouvellement de toute communauté de jeunes. Mais, pour un vrai chef, les moments d'amertume qui s'ensuivent ne durent jamais très longtemps, car s'il prend son plaisir à la lente élaboration collective d'une polyphonie, tout autant le prend-il à l'initiation musicale la plus é!émentaire des nouveaux choristes.

Le vrai chef d'un chœur populaire (éléments sans culture musicale) étant un
éducateur voit plus loin que sa répétition réqulière car il connaît l'importance de son action qui le lie à ses chanteurs, qui ne viennent chercher près de lui, semble-t-il, qu'une évasion: goûter au plaisir de chanter avec d'autres dans une ambiance de confiance et d'amitié. Dans une conjoncture aussi propice le chef va tendre à faire mieux: il va aider à l'évolution (à l'éducation...) de ces êtres qui viennent à lui chaque semaine, de telle sorte qu'après quelques années de présence au chœur (et aux diverses festivités chantantes) ceux-ci se retrouvent plus évolués, plus altruistes et rayonneront la joie simple de vivre.

Le rôle de l'éducateur n'est-il pas de
libérer au maximum ses disciples? Déjà la seule approche de l'œuvre d'art dégage des obsessions ordinaires, aiguise l'esprit par l'oreille et par l'œil, délie des entraves routinières. Dans ce rôle de "libérateur" le chef de chœur est un privilégié, la polyphonie offrant un plein plaisir immédiat aux chanteurs. Plaisir sensoriel, de l'harmonie (des sons différents qui s' "accordent") mais aussi plaisir inconscient pour chacun de "s'exprimer totalement" dans le son qui s'exhale volontairement et prend forme porté par le souffle! Souffle qui s'achève en si belle polyphonie, qu'on apprend à maîtriser, à guider, à dépenser et d'où résulte pour certains, lorsque "le chef de chœur-éducateur" conduit correctement son enseignement, une meilleure maîtrise de soi, souffle enfin, qui après les exaltations collectives du chœur fait découvrir en chacun l'harmonie intérieure où dans le silence des choses, les intentions et les actes retrouvent leur juste place.

Ainsi donc, mes jeunes confrères et amis, voilà l'humble, constante et noble tâche qui vous lie à votre chorale. Mesurez bien ce que vous devez être à sa direction et ce que vos chanteurs recevront de vous: une
connaissance de la musique par le jeu choral, lequel affine l'oreille et l'intelligence (...et le cœur aussi, bien sûr!), un apprentissage du comportement simple et direct de chacun dans une communauté, une amélioration de l'être total qui, à tous ces contacts (la musique, "les autres" du chœur, vous-même dans le rayonnement de votre compétence) discerne les vrais chemins de la vie qui conduisent vers les cimes où l'air est le plus pur...

César GEOFFRAY
cité dans Viens t'en - février 1979